Faut-il interdire les parabènes ?

Le 3 mai, les députés ont adopté en première lecture, contre l’avis du gouvernement, une proposition de loi visant à interdire les phtalates, les parabènes et les alkylphénols, trois catégories de substances soupçonnées d’être des perturbateurs endocriniens (voir encadré). Dans la foulée, le journal « Le Monde » a publié une liste de 400 médicaments contenant des parabènes, suscitant en réaction une mise au point de l’AFSSAPS. Entre inquiétudes et controverses, « Le Quotidien » a mené l’enquête sur les parabènes, pour vous aider à répondre aux éventuelles questions de vos patients.

LES PARABÈNES, QU’EST-CE QUE C’EST ?

Parabènes est une abréviation, qui désigne les parahydroxybenzoates, une famille de composés chimiques ayant des propriétés de conservation, dont les plus courants sont le méthyl parabène, l’éthyl parabène, le propyl parabène, le butyl parabène et le benzyl parabène.

À QUOI SERVENT-ILS ?

Ils ont des propriétés antibactériennes et antifongiques qui en font de très bons conservateurs. Dans les médicaments, ils évitent non seulement la contamination microbiologique, mais empêchent également la dégradation des principes actifs.

OÙ LES TROUVE-T-ON ?

À l’état naturel, les parabènes sont présents dans certains aliments comme les mûres, les carottes, le cassis, etc. Du fait de leurs propriétés de conservateurs, ils sont aussi employés comme additifs dans de nombreux produits agro-alimentaires, dans 80 % des produits cosmétiques (shampoings, crèmes hydratantes…) et dans les médicaments. L’AFSSAPS a recensé 400 produits pharmaceutiques contenant des parabènes, dont 306 contenant du propyl parabène, la forme la plus couramment utilisée dans les médicaments.

QUELS SONT LES RISQUES DES PARABÈNES ?

Trois risques des parabènes sont principalement cités : allergisant, cancérogène et perturbateur endocrinien. « Le risque allergisant, est avéré, mais il est maîtrisé : les parabènes sont indiqués dans la notice comme des « excipients à effet notoire », rappelle le Dr Pascale Maisonneuve, médecin à l’AFSSAPS, chef du service de coordination de l’information, des vigilances, des risques et des actions de santé publique (CIVRASP). En revanche, il y a des doutes sur les deux autres risques. Le risque cancérogène serait lié à la capacité de liaison des parabènes au récepteur des Å“strogènes. Cependant, il est peu probable, car leur affinité de liaison est beaucoup plus faible que le ligand naturel, le 17beta-oestradiol. » D’après une expertise collective de l’INSERM (voir encadré), cette affinité de liaison serait de l’ordre de 10 000 fois plus faible que le ligand naturel pour le butyl parabène et 150 000 fois pour le propyl parabène.

Le troisième risque concerne les fonctions de reproduction masculines, en cas d’exposition dans l’enfance. Elle repose sur une étude menée sur de jeunes rats mâles, qui avait montré un effet délétère du propyl parabène sur la fertilité des animaux. Cependant, cette étude avait été critiquée pour le faible nombre d’animaux utilisés, le manque de détails fournis et les variations importantes dans les poids des animaux et dans les dosages hormonaux. « L’AFSSAPS est actuellement en train de mener une nouvelle étude sur un échantillon plus large de jeunes rats, afin de déterminer si ce risque est réel, indique le Dr Maisonneuve. Nous avons ciblé les produits les plus à risque, en combinant ceux qui ont les doses les plus importantes en parabènes. Les résultats sont attendus pour novembre. »

L’UTILISATION DES PARABÈNES DANS LES MÉDICAMENTS EST-ELLE CONTRÔLÉE ?

Oui, les laboratoires doivent respecter les doses, de l’ordre du 1/1 000 pour les parabènes. « Les laboratoires doivent prouver qu’un agent antimicrobien est nécessaire et justifier la concentration utilisée », explique Pascal Wehrlé, pharmacien galéniste et professeur à l’université de Strasbourg.

EXISTE-T-IL DES ALTERNATIVES AUX PARABÈNES ?

« Pour le moment, il n’existe pas d’alternative chimique aussi efficace dont l’innocuité serait prouvée, souligne le Dr Maisonneuve. Avant les parabènes, les conservateurs utilisés étaient l’éthanol, dont les effets nocifs ont été prouvés, et le sucre, qui provoque des caries », rappelle-t-elle. « Les laboratoires travaillent à la mise au point de conditionnements permettant d’éviter l’administration de conservateurs, comme cela existe par exemple pour certains collyres, ajoute Pascal Wehrlé. Les préparations unidoses peuvent également constituer une partie de la réponse. L’usage d’excipients permettant d’abaisser l’activité de l’eau (aw), c’est-à-dire de « retenir l’eau », en empêchant les micro-organismes de l’utiliser pour se multiplier, est également une approche étudiée. La glycérine (glycérol) et les polyols (mannitol, sorbitol…) possèdent cette qualité, mais il faut les utiliser par exemple dans les sirops et les solutions buvables à d’assez fortes concentrations. Ces excipients sont par ailleurs connus pour leur effet laxatif. Les parabènes font partie des meilleurs conservateurs. Le souci principal, si un parabène doit être remplacé par autre excipient ayant des caractéristiques physico-chimiques propres, c’est que toute la formulation galénique sera probablement à reconsidérer. »

QUELS CONSEILS LES PHARMACIENS DOIVENT-ILS DONNER AUX PATIENTS QUI PRENNENT DES MÉDICAMENTS CONTENANT DES PARABÈNES ?

« Les pharmaciens doivent rassurer les patients et leur recommander de continuer à prendre leur traitement, martèle le Dr Pascale Maisonneuve. Même si les parabènes présentaient un risque pour la fertilité, ce serait du fait de la prise répétée, à long terme, de doses cumulatives sur des populations à risque, dans ce cas les jeunes garçons. Il est plus risqué d’arrêter un traitement plutôt que de prendre pendant quelques jours de petites doses de parabènes. »

Pour l’instant, il est important de rappeller que les parabènes ne sont pas encore interdits. Même si l’Assemblée nationale a d’ores et déjà voté leur interdiction en première lecture, le texte doit encore passer devant le Sénat. Le texte peut y être modifié, voire retoqué. Il faudra donc encore attendre, avant que le sort des parabènes ne soit définitivement connu.

> ANNE-GAËLLE MOULUN

Le Quotidien du Pharmacien du : 30/05/2011

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