Les remarquables progrès des greffes de sang et de moelle

Cinquante ans après la première greffe du Pr Mathé


« Peu de disciplines scientifiques et médicales ont connu au cours des cinquante dernières années autant de bouleversements et de progrès dans le domaine de la recherche fondamentale et des nouvelles thérapeutiques que l’hématologie » (que les greffes de sang et de moelle), souligne le Pr Norbert-Claude Gorin, président du 37e congrès annuel de l’European Group for Blood and Marrow Tranplantation (EBMT) et responsable médical du pôle oncologie-hématologie-médecine nucléaire de l’hôpital Saint-Antoine à l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris.

CINQUANTE-DEUX ans après la première greffe de moelle réalisée par le Pr Georges Mathé, l’activité de la greffe connaît une croissance extraordinaire en France (doublement ces cinq dernières années) et dans le monde entier.

Les avancées techniques sont telles que, aujourd’hui, tout patient atteint d’une hémopathie maligne peut, jusqu’à 70 ans, à quelques exceptions près, bénéficier d’une transplantation de cellules souches hématopoïétiques provenant d’un donneur familial (frère, soeur, voire parents), d’un donneur volontaire non apparenté inscrit sur l’un des registres internationaux (14 millions de volontaires actuellement), d’un sang de cordon (60 000 unités stockées dans le monde) ou d’une autogreffe. Les malades à un moment bien choisi de l’évolution de la maladie peuvent donner eux-mêmes des cellules souches qui seront congelées dans un premier temps et leur seront réinjectées ultérieurement après des chimiothérapies lourdes.

Des préparations considérablement allégées.

Dans le domaine clinique, des progrès immenses ont été réalisés en matière de techniques de conditionnement, c’est-à-dire de préparation avant l’injection du greffon. Les préparations se sont considérablement allégées et sont devenues beaucoup moins toxiques. Ainsi, les greffes de cellules souches sont de plus en plus souvent proposées à des patients âgés ou à des patients fragiles, qui étaient exclus jusqu’à il y a une dizaine d’années car ne pouvant tolérer des traitements intensifs ou des chimiothérapies trop lourdes. « Ces greffes dites à intensité ou à toxicité réduite font appel à des traitements plus ciblés et moins intensifs de chimiothérapie et/ou de radiothérapie », explique le Pr Mohamad Mohty, chef du service de greffe de moelle osseuse du CHU Hôtel-Dieu de Nantes.

Au cours de ce 37e congrès de l’EBMT, plusieurs communications portent également sur la prévention et le traitement de la réaction du greffon contre l’hôte (complication la plus redoutée des allogreffes) par l’emploi de nouvelles approches visant à atténuer le conflit immunitaire entre le donneur et le receveur.

Les cellules souches mésenchymateuses.

Dans le domaine de la recherche, les nouveaux développements de thérapies cellulaires et une lignée d’autres cellules souches, les cellules souches mésenchymateuses génèrent beaucoup d’attention au sein de la communauté scientifique. Ces cellules présentes dans le tissu adipeux abdominal et le placenta peuvent être mises en expansion plusieurs millions de fois et être ensuite réinjectées.

Enfin, les développements les plus récents concernent la recherche sur les cellules souches pluripotentes induites (CPSi) ou IPS (induced pluripotent stem cells) qui, dans un futur proche, pourraient apporter de nouvelles sources de greffe. Ces cellules permettront peut-être un jour de traiter les maladies neurologiques dégénératives, les maladies auto-immunes voire de greffer en autologue à partir de greffons hémato?poïétiques obtenus en laboratoire à partir de fibroblastes cutanés sains du malade lui-même, pour traiter des leucémies aiguës, des aplasies médullaires…

› Dr MICHELINE FOURCADE

Conférence de presse présidée par le Pr Norbert-Claude Gorin (Paris) et le Pr Alejandro Madrigal, président de l’EBMT, directeur scientifique de l’institut de recherche Anthony Nolan (Londres).

Le Quotidien du Pharmacien du : 11/04/2011